lundi 9 février 2026

Garance, veille sur nous.

Ma chère Garance,

Ganymède m'a annoncé la terrible nouvelle ce matin.

Tu as rejoint le paradis des folles après 74 ans d'une vie tellement remplie.

Je t'ai rencontrée la première fois lors d'une tournée de prévention avec les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence - Couvent de Paris, sur les quais des Tuileries. Je me souviendrais toujours te voyant arriver avec une robe moulante en vinyle noir... par 35° à l'ombre. C'était en 1995.

Tu a été un être humain rare car ta seule priorité c'était l'autre.
Tu as été un grand Monsieur de chez Aides à Nancy.
Tu as été un immense monsieur dans la lutte contre le sida. Des militants comme toi, ils étaient rares et donc précieux.
Tu as été une immense sœur attentive, drôle, fiable et tellement douce.

Mon meilleur souvenir avec toi, c'est cette gay pride de Nancy en 2005, la première pour cette ville. Nous avions marché toutes les deux accompagnées de ton incroyable mari, Christian et de notre fille commune, Novice Pipper. Une marche à ton image, tout en douceur.

Soeur Garance du Fouet Joyeux
Soeur Thylège de la Vache Folle

Nancy - Place Stanislas - Juin 2005

J'adore cette photo car tout y est. La place Stanislas et nous, mais aussi et surtout ce sentiment de quiétude et de tranquillité, ces deux sentiments que tu étais capable de partager en permanence, sans effort, juste parce que tu étais là. Quand tu étais là, tout allait bien, nous nous sentions bien. C'est rare, très rare..

André - Garance
1952-2026

Garance - André, tu vas terriblement nous manquer à toutes.

Comme je l'ai dit au début, tu as rejoint les paradis des folles, des sœurs. Sidarta me disait à l'instant : 

"Elle doit avoir des cornettes immenses et
voler au-dessus de nous pour nous aimer et nous protéger".

Les mots me manquent. Je ne peux te dire qu'un immense "merci" pour tout ce que tu nous as apporté à tous et à moi en particulier.

Je pense à ton mari Christian, l'incroyable Galaad.

Christian - André

Merci ma belle. C'était un honneur de croiser ton chemin et de travailler ensemble. Merciiii !!!

jeudi 15 mai 2025

Un sourire inoubliable : Nadia

Nadia
1968-2025

Ma chère Nadia,

La première fois que je t’ai rencontré, c’était dans le cadre des ressourcements de Sœurs de la Perpétuelle Indulgence au Caribou à Corrençon-en-Vercors.

Je t’ai vu arriver avec ton handicap, lourd. Une marche compliquée, des membres raides mais une chose m’avait immédiatement troublée : ton sourire. Incroyable sourire, toujours présent même lorsque les douleurs devenaient insupportables.

La première fois que je t’ai massé, j’avoue, je n’en menais pas large. Allongée sur la table de massage, ma première pensée a été : « Elle est toute en désordre. Comment je vais faire ? »

Nous avons beaucoup parlé ce jour-là de ton histoire qui m’avait bouleversée. Tu étais danseuse, de hip-hop si je me rappelle bien. Tu dansais beaucoup, c’était ta vie. Mais un jour, tu as rencontré la bête noire, la bête affreuse : le crack.

Un matin, tu t’es réveillée paralysée. Le crack avait fracassé ton système moteur et ta carrière de danseuse prenait fin brutalement ce matin-là. Cette saloperie a mis un terme à ta carrière toute tracée de danseuse.

J’étais terriblement triste pour toi. Pour me consoler tu m’as dit une chose, une seule : « Sans le crack, je ne vous aurais jamais rencontrées, vous faites partie ma vie maintenant. Vous avez remplacé la danse. Et ça me plaît ». Et nous avons pleuré ensemble, seuls dans la discothèque du Caribou.

Je me rappelle lorsqu’il fallait redresser tes mains tous les matins pour y mettre des atèles. A chaque doigt que je devais redresser, mon unique crainte était de le casser. Il fallait une force de dingue pour tout remettre droit. Je n’ai jamais vécu une telle expérience avec une personne comme toi, souriante, toujours souriante malgré la douleur que je t'infligeais.

Ta canne ne te quittait jamais sauf à un moment : Les cercles de vie organisés par Sidarta. Cette méditation particulière où chacun était libre de faire ce qu’il voulait pendant le temps d’une musique. Ce jour-là, je t’ai vu te lever, sans ta canne, fébrile et fragile. Et soudain, tu t’es mise danser. Oui tu dansais et c’était diaboliquement beau. Le crack n’avait pas tué ton talent. J’ai immédiatement compris que ton handicap ne t’empêcherait jamais de danser. Jamais.

La dernière fois que je t’ai vu, c’était pour ton anniversaire, le 50ème je crois, sur l’invitation d’Aline Euzet. Cela faisait plusieurs années que je ne t’avais pas vue. Ton accueil m’a immédiatement touché, ton sourire, ton éternel sourire était toujours là avec ta joie de vivre communicative.

Nadia, tu nous as quitté samedi à 57 ans, une amputation qui se passe mal et tu ne te réveilles pas. Comme m’a dit Sidarta lorsque je lui ai annoncé la terrible nouvelle : « C’est une belle mort. Elle est partie sans souffrance».

Nadia, tu vas nous manquer, ton sourire va nous manquer, ta joie de vivre malgré ton handicap, va nous manquer.

Caribou - Corrençon-en-Vercors avec
Soeur Sidarta, Soeur Cyhère et Soeur Maya

La Maison de Bonneuil à Bonneuil-les-Eaux avec
Soeur Thylège.

Tu retrouveras là-haut toutes nos sœurs, tous nos amis, tous ceux partis trop tôt à cause du sida ou de la drogue.

Je pense fort à toi, à tes amis, à Aline, à Alain Pierre, à Cyhère, à Sidarta, à tous ceux qui t’ont accompagnée.

Merci Nadia. Je t’embrasse fort.

PS : je suis sûr que l’hypothèse (Dieu pour les non-initiés) ne résistera pas à ton sourire.

Pour tes 50 ans.

vendredi 14 février 2025

Une mentore me quitte : Nicole

Nicole,

Quelle immense tristesse d’avoir appris votre décès hier soir.


Nicole Loquet

1956-2025


Vous êtes LA personne qui m’a fait confiance un jour d’avril 2004.

Je débarquais dans votre petit bureau au Kremlin Bicêtre le 4 avril 2004 pour une mission d’intérim de 2 mois au sein de la DSI de SCIC Habitat Ile de France. Au bout d’une semaine passée ensemble, notre DSI de l’époque, Geneviève, passe dans votre bureau pour savoir comment cela se passe. Je n’oublierais jamais cette petite phrase qui fait qu’aujourd’hui, ça fait plus de 20 ans que je suis dans la société :

« Celui-là, il faut le garder. »

Et vous n’avez pas lâché le morceau, vous avez réussi à me faire engager définitivement. A alors commencer une longue collaboration professionnelle.

Nous avons créé ensemble un « petit » logiciel de gestion des plans de gardiennage de notre patrimoine, Estia. Il devait vivre 6 mois, cela fait 21 ans qu’il tourne et est utilisé quotidiennement.

Vous et votre expertise du travail des gardiens et des entreprises, moi au développement : nous avons créé Estia pour gérer 40 000 logements en 2004 (Scic Habitat IDF), 80 000 en 2007 (Osica). Aujourd’hui Estia gère 180 000 logements chez CDC Habitat Social. C’est le plus grand projet que je n’ai jamais mené, grâce à vous.

Je me rappelle d’Adrien, votre fils, qui a squatté un coin de mon bureau le mercredi après-midi alors qu’il n’avait que 7 ou 8 ans. 10 ans plus tard, quelle ne fut pas ma surprise de le revoir mais cette fois-ci il intégrait mon bureau, sur un vrai bureau, en tant qu’alternant. Voir ce petit garçon devenir ingénieur, c’était magique.

Mais la chose que je n’oublierais jamais c’est ce matin du 16 octobre 2008 lorsque vous êtes entrée dans mon bureau, un énorme bouquet de fleurs dans les bras. Bêtement, j’ai pensé qu’il était destiné à Brigitte, ma colocataire du moment. Mais vous vous êtes approchée de moi et m’avez tendu cet incroyable bouquet avec cette petite phrase :

« Joyeux anniversaire Patrick. Voici 40 roses blanches pour vos 40 ans,

c’est la tradition dans la famille. »

Merci encore pour ce délicieux moment. En dehors de notre relation professionnelle exceptionnelle, je venais d’intégrer un peu votre famille. Moment magique et inoubliable.

J’ai appris votre décès hier lors d’un pot de départ (les coïncidences…). Mon esprit a immédiatement quitté le moment présent. Une grande tristesse m’a immédiatement envahi. Depuis votre départ à la retraite, nous ne nous étions revu qu’une fois, lors de l’enterrement de votre mari, Claude.

Votre départ à la retraite ne s’était pas forcément bien passé, c’est vrai, mais votre décès me prouve encore une fois la déshumanisation de nos entreprises. Pas un mot vous concernant, pas un petit mail pour dire que vous n’étiez plus là depuis décembre. Ça m’a rendu encore plus triste.

Nicole, je ne vous oublierais jamais, vous faites partie des femmes qui m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Merci à vous.

PS : Depuis votre départ, les régules de charges : c’est un bordel sans nom. ;-)

PS2 : Désolé pour la photo, je n’en ai pas d’autre.

lundi 11 décembre 2023

Une assistante brillante et rare. Une femme en or.

Chère Dominique,

Ton fil, Germain, nous a annoncé ton décès vendredi matin. Le choc.

On s'est rencontré en 2004 lorsque je suis rentré dans notre entreprise et j'ai tout de suite accroché avec toi.

Tu étais une assistante de direction hors norme, d'une incroyable efficacité, sur un secteur terriblement pointu : le juridique immobilier. Beaucoup d'assistantes devraient et auraient dû prendre exemple sur toi.

Je me souviens de ton aide au moment de mes problèmes juridiques familiaux, ton aide avait été salvatrice.

Nous parlions beaucoup dès que nous avions un peu de temps. Tu étais incroyablement douce et attentive.

Tu es partie à la retraite en 2019 et c'est "déjà fini". Nous étions d'accord sur ces sujets là. Tu n'as même pas pu profiter de ta retraite avec un départ à 62 ans, avec la nouvelle loi, tu serais morte au bureau. 

La photo que j'ai réussie à retrouver dans les archives des tes proches collègues est très révélatrice de ce que tu étais : une personne en or, drôle, incroyablement gentille et d'une efficacité redoutable.

 Dominique Durel
1958-2023

Je suis tellement heureux d'avoir et la chance de croisé ton chemin pendant nos 15 années de relations professionnelles et personnelles. Tu vas beaucoup me, nous manquer.

Merci Dominique.

lundi 25 septembre 2023

Une nouvelle étoile brille...

Ma chère Maggy,

Quelle drôle d’idée de nous quitter le jour où nous rentrons de Sicile. La nouvelle est tombée, nous étions devant l’affiche d’un club sicilien où nous avions passés nos vacances ensemble.

Nous nous sommes rencontrés un jour de septembre en Sicile, au Club Med de Kamarina en 2015. Une histoire de livre lu en commun avec Sandrine, votre fille.

Et depuis cette rencontre, nous avons passés nos vacances de septembre avec vous et vos deux filles, Carole et Sandrine. Chaque année, ensemble, à rire, à boire, à danser et à manger.

Toujours tirée à 4 épingles, toujours brillante 😉, vous éclairiez nos soirées.

Le détail important, fondamental même : Vos chaussures compensées, c’est la première chose que j’avais remarqués. A plus de 75 ans, tous les jours, à toute heure, des compensées. Incroyable.

J’ai aussi l’image d’une mère attentionnée, drôle, râleuse parfois, espiègle, la clope au bec et le verre de whisky (uniquement à l’heure de l’apéro évidemment).

Je me souviendrais longtemps de nos parties endiablées de pétanque. Parfois mauvaise joueuse, toujours drôle, vous étiez une adversaire redoutable malgré certains scores parfois sévères 😉

Arménienne, vous ne manquiez pas un moment pour nous apprendre quelques mots de votre langue maternelle, pas les plus élégants 😉. Plus sérieusement, nous avons beaucoup parlé aussi ensemble du drame arménien, de votre histoire personnelle, tragique et émouvante.

J'ai une pensée émue pour Jacqueline, votre inséparable meilleure amie.

Je viens de me rendre compte que j’ai très peu de photos de vous, j’en ai trouvé trois qui sont très symboliques de notre relation.


Sandrine, Marc, Carole, Maggy, Patrick
Nous avons passé 5 étés ensemble. Merveilleuses vacances.

Maggy et moi, 2016 - Sciacca - Sicile

Maggy, vous allez terriblement nous manquer. Vous avez illuminé nos étés, je sais que lorsque nous serons de nouveau en vacances, vous nous regarderez de là-haut, vous veillerez sur nous.

 

Maggy Djibillian
1939-2023

jeudi 24 novembre 2022

Une rencontre unique

 J'ai rencontré Claude le 13 juillet 2022, notre seule rencontre.

Atteint d’Alzheimer, nous avons passé une soirée merveilleuse en sa compagnie malgré ses troubles de la mémoire.

En toute fin de soirée, sa fille lui demande de se mettre au piano.

Claude nous a offert un moment absolument magique, presque surnaturel.

Nous avons tous vu la vidéo de cette danseuse étoile atteinte de la même pathologie revivre la chorégraphie du Lac des Cygnes (https://youtu.be/Hi6TGhXe18Q).

Ce soir là, Claude nous a offert ce privilège immense en jouant et nous montrer qu'une partie de sa mémoire n'était pas encore totalement effacée.


Claude nous a quitté le 8 septembre 2022 à l'âge de 90. 
 
Merci Monsieur pour ce merveilleux moment.
 
Merci Françoise de m'avoir autorisé à publier ce moment inoubliable.

mercredi 11 mai 2022

Une super experte-comptable arrive là-haut.

Dominique Kulinski
1961-2022

Ma chère, très chère Dominique.
 
La nouvelle est tombée en deux temps ce matin :

  • 9 h 00 : Dominique a fait une crise cardiaque chez elle samedi, les pompiers ne l'ont trouvé que lundi. Elle est dans un état critique.
  • 11 h 45 : Dominique est morte cette nuit.
Tu es restée deux jours toute seule chez toi, parterre. Je n'ose imaginer ce que tu as vécu pendant ces interminables heures.

Dominique, je te connais depuis 18 ans, nous avons beaucoup parlé ensemble. Nous ne passions pas une journée sans discuter, ne serait-ce qu'une seconde ou deux.

Tu m'as beaucoup aidé et écouté lorsque j'avais des problèmes avec ma direction. Tu as été d'excellents conseils.

Mais ce dont je me souviens le plus de toi, c'est ta faculté à être humaine et humaniste avec tes collègues ou tes subordonnés. Je n'ai jamais entendu un mot blessant à ton égard.

Je me souviens lorsque ta super assistante, Myriam, a succombé à son  troisième cancer du sein, comment tu l'as accompagné jusqu'au bout.

Je me souviens de ton retour au bureau après le décès de ton mari. Combien tu as été forte et courageuse, à assurer ta fonction sans rien laisser transparaître.

Je me souviens lorsque ta maman est décédée quelques mois plus tard. Même attitude digne et professionnelle malgré le contexte.
 
Depuis presque 3 ans, depuis que notre société s'est coupée en 2 immeubles distants de quelques centaines de mètres, on ne s'est pas revus en "vrai". Ce petit éloignement est finalement un calvaire aujourd'hui...

Dominique, tu étais une experte comptable comme rarement j'ai connu. Chef de ton service depuis des années, respectée et reconnue. Je savais que lorsque j'avais un problème comptable, c'était toi qu'il fallait aller voir. Efficace, rapide, fiable, tu étais une super experte comptable.

Tu vas terriblement me manquer. Ta coquetterie dans ton regard, je ne l'oublierai jamais.

Je sais que tu es maintenant avec ton mari, ta maman et Myriam. Veilles sur nous de là-haut comme tu la fais comptablement parlant ici-bas.
 
Tu connais notre contexte professionnel, un petit signe de temps en temps pourrais un peu nous aider, m'aider si tu as un peu de temps.

Je t'embrasse fort.

 


mercredi 13 avril 2022

Javert est parti...

Un de mes acteurs préférés nous quitte. Vous étiez un grand, un très grand. Merci monsieur.

 Michel Bouquet

1925-2022

J'ai découvert Michel Bouquet dans les Misérables de Robert Hossein. Il m'avait fasciné, subjugué, énervé, consterné dans le rôle de Javert.

J'ai deux regrets :

 

Ne pas être allé le voir dans "Le roi se meurt" de Ionesco, une de mes pièces préférées.


J'avais prévu d'aller le voir jouer "L'Avare" au théâtre de la Porte Saint Martin. Je savais que c'était probablement une de ses dernières pièces... et le covid est arrivé...

mercredi 1 décembre 2021

Mon pote depuis 29 ans.

Franck, mon pote, tu as été le plus merveilleux voisin et ami que je n'ai jamais eu. Dès les premiers regards échangés un jour de 1992, rue Saint Jérôme dans le 18ème, avec Pataud, ton énorme labrador, nous savions que nous nous entendrions. Cette amitié a duré 29 ans et s'achève brutalement cette nuit du 1er décembre 2021.

Franck Dero
3 mai 1962-1er décembre 2021

Au début, tu avais besoin de sucre, de café, d'une clope et de toutes sortes d'ustensiles de cuisine. Tu es venu de plus en plus souvent. Nous avons appris à nous apprivoiser, à nous aimer. Finalement, l'habitude de prendre soin l'un de l'autre, de nos appartements respectifs lorsque l'un des deux n'était pas là est venue le plus naturellement du monde.

 

L'histoire la plus troublante à ton sujet et qui m'a particulièrement bouleversé s'est passé il y a une dizaine d'années quand tu as décidé de reprendre contact avec la religion juive. Ta première décision a été de te faire circoncire. "A 50 ans ?!?! Quelle drôle d'idée. Tu ne l'es pas ?" Vu mon étonnement, tu m'as tout de suite expliqué que ta maman avait vu les nazis fouiller les culottes des petits garçons. Elle ne voulait pas que tu ais cela à vivre un jour.


Tu as connu tous mes chats, tu adorais venir les garder en mon absence. Je sais que tu pouvais rester des heures à travailler chez moi tout en jouant avec eux. Wappy ce matin est venu près de moi quand je me suis réveillé, il ne le fait jamais. Le savait-il ? Je suis sûr que oui.

Sous tes airs de grand mec fort, musclé et sexy, j'ai découvert au fil du temps un garçon timide, incroyablement timide. Lorsque tu débarquais chez moi alors que des amis étaient là, tu rougissais tout de suite et ne restais que quelques secondes. Bon, pour la plupart, tu ne les laissais pas indifférents.

Depuis que tu avais trouvé ton coin de paradis au Maroc, tes visites étaient bien trop rares mais à chaque retour en France, tu venais. Nous ne manquions jamais un moment pour nous voir.

Dimanche soir, nous avons passé un long moment ensemble, que tous les deux. Je t'ai dit que tu avais une particularité qu'aucune autre personne n'avait : On ne s'est jamais engueulé, jamais la moindre dispute. Avec le recul, c'est magique. Ce soir-là, je t'ai offert un joint, ton dernier.

Sur ta table de chevet, il y avait 2 livres : "L'alchimiste" de Paulo Coelho et "Le dernier espadon", un Blake et Mortimer. Je sais que tu n'as pas eu le temps de lire L'alchimiste. Je vais le relire pour toi et avec toi. Ce livre nous fera du bien à tous les deux.

Lundi matin, quand je t'ai vu partir avec les pompiers, j'ai eu ce sale pressentiment que c'était notre dernière rencontre. Je t'ai fait un bisou sur le front, tu m'as regardé. Ton regard était sans équivoque. Tu es monté dans leur camion rouge.

Je savais que le repas que nous t'avions promis - œufs/mayonnaise et soufflet au fromage, tes deux plats préférés - n'aurait alors jamais lieu. Nous tenions, Marc et moi, tant à partager ce dîner avec toi. Nous savions qu'il aurait cette saveur de "dernier repas du condamné". Nous avions prévu, quoi qu'il arrive, de venir avec des œufs/mayo à l'hôpital aujourd'hui pour honorer notre promesse.

Mourir un 1er décembre, c'est quand même cocasse. Cette saloperie que nous avons en commun, cette saloperie que nous "fêtons" le 1er décembre n'aura pas réussi à t'emmener. Tu y as survécu. C'est ton second cancer qui aura eu raison de toi.

Tu étais grand-père d'une petite Joséphine depuis peu, ce qui t'aura valu quelques "papy" à chacune de tes visites. Une nouvelle petite-fille arrive bientôt. Tu aurais fait un grand-père extraordinaire

Je pense très fort à Thomas, ton fils, que nous avons vu grandir. Nous avons même servi de nounou.

Je pense très fort à Florence, ta grande sœur et Patricia, ta petite sœur.

Je pense aussi à Briouat, ton chat. Il est au Maroc aujourd'hui dans ton coin de paradis. Nous allons tout faire pour le faire revenir en France, qu'il soit mis à l'abri.

Briouat

Désormais, tous les jours, à chaque fois que je vais rentrer chez moi, mon regard, inévitablement, s'orientera naturellement vers tes fenêtres.

29 ans de voisinage, 29 ans de vie commune l'un au-dessus de l'autre, l'un avec l'autre dans les moments difficiles comme dans les moments de joies. Quand je suis tombé malade en 2013, pour ton premier cancer en 2016 et celui-là, nous avons toujours été là l'un pour l'autre. C'est ce que l'on appelle de vrais amis non ? En tout cas, pour moi, tu l'es incontestablement.

Franck, tu vas terriblement me manquer.

mardi 16 novembre 2021

Christine, mon ange à jamais

Christine,

Nous venions juste de nous retrouver !!! Pas maintenant !!!

Christine Jouteux
1963-2021

Lorsque la nouvelle est tombée hier soir, je n'y ai pas cru. C'était juste impossible, injuste. Tous nos souvenirs communs sont immédiatement remontés. 

Les innombrables et joyeuses soirées chez toi, à refaire le monde, à jouer au tarot, à écouter de la bonne musique. Ta maison dans les anciens locaux de La poste ou la bergerie plus tard étaient des havres de paix, de joies et surtout d'amitiés indéfectibles. Je ne me souviens pas de tout mais je sais que j’adorais venir chez toi.

Ton sourire, toujours, tout le temps, quelque soit les épreuves, je ne t’ai que très rarement vue faire la gueule. 

Le plus personnel de ces souvenirs est plus intime. Tu avais vu avant tout le monde que je n’étais pas comme les autres de la bande. Mes aventures avec la gente féminine, tu n’y croyais pas un instant. Nos conversations intimes et privées m’ont tellement fait de bien à l’époque.  Tu savais que mon environnement n’était pas bon, surtout avec une mère toxique. J’étais perdu, tu m’as aidé à retrouver mon chemin. Tu m’as protégée et ça, je ne l’oublierai jamais.

Début des années 90, nous nous perdons de vue. La vie, rien de bien anormal en fait. Je pensais souvent à toi, j’avais quelques nouvelles par François, ton petit frère. 

Les retrouvailles ont eut lieu un matin brumeux et humides, un matin de janvier 2020, aux portes d’un crématorium. 

Le contexte est désastreux, nous incinérons ton petit frère, François, mon pote du basket.

Malgré cela, rien n’avait changé. Nous avons repris nos conversations où elles s’étaient arrêtées 30 ans auparavant.  Ton éternel sourire, tes yeux pétillants, tout était là. 

Tu m’avais rassurée sur mon absence de larme pour François :  « La dernière fois que tu l’as vu, il était heureux. Il venait de voir pour la première fois son groupe de métal préféré, Marillion. Vous n’étiez que tous les deux. Tu l’as  vu heureux comme rarement. Tu as assurément la plus belle dernière image de lui. N’ai pas honte de ne pas avoir pleurer. »

Les conversations qui suivirent n’étaient que joie et bonheur de se reparler, enfin.

Nous avions un projet ensemble, en dehors de te revoir chez toi, après ton retour à Monts sur Guesnes. Lorsque je t’ai parlé de Sidarta, mon meilleur pote chamane, tu as immédiatement voulu le rencontrer. Nous avions prévu de participer à l’une de ses semaines chamaniques. 

Je suis dans le train ce matin quand j’écris ces quelques mots. Je pars chez Sidarta. Tu l’as fait exprès ? Un signe peut-être ?

Nous penserons assurément à toi. Ne sois pas surprise si, sur le chemin qui te mène vers ta nouvelle vie, quelques paillettes jalonnent tes pas. Nous allons en mettre partout.

Je sais que tu es partie sereine. Tu croyais aux forces de l’au-delà, à la vie dans l’au-delà.  Tu étais confiante sur ta suite. Cette tumeur au cerveau aura eut raison de ton corps mais elle n’aura pas ta belle âme. Tu vas retrouver ton père et ton petit frère. Je sais aussi que tu ne seras jamais très loin de moi.

Ce matin je pense très fort à Clémentine, Charles et Léopold, tes enfants ;

A Sylvie et Claude, ta grande sœur et ton grand frère ;

A Philippe, ton cousin ;

A Herve, ton ex mari et à Jean, ton nouveau mari ;

Mais surtout mes pensées sont pour Jeanine, ta mère. Quelle épreuve, encore une. A plus de 90 ans, perdre ses deux plus jeunes enfants en moins de 2 ans. C’est violent et injuste. Comme me l’a dit Philippe hier soir, la résistance de ta mère est impressionnante, exemplaire.

Christine, tu as été mon ange gardien quand j’étais un ado paumé, nous nous sommes perdus de vue pendant 30 ans. On se retrouve enfin… et tu repars. Quel ascenseur émotionnel, c’était toi aussi.

Tu étais belle de partout, à l’intérieur, à l’extérieur. Ta beauté désormais irradiera nos cœurs à jamais.

Veille sur nous et envoies-nous des signes. On en avait parlé de ces signes. Nous avons même évoquer l’idée d’un « code » au cas où il arriverait quelque chose à l’un de nous deux. Je suis sûr que je saurai les reconnaître. Je n’ai pas oublié notre code.

Je t’aime Christine

lundi 27 janvier 2020

Tonton !!! Mais non !!!!!!!!!

Il est 6 h 20 et je suis déjà dans le train pour venir te voir... pour la dernière fois.
Nous serons tous là, Philippe, Fabrice, Richard, Laurent, Frédéric, Nathalie, Jérôme, Momo, toute ta grande famille, et j'en oublie plein. Mais cette fois-ci, ce n'est pas pour fêter ton anniversaire comme lors de nos traditionnelles, devenues très traditionnelles, fêtes du 14 juillet chez toi  dans ta grande maison et ton grand jardin toujours accueillants.

Non, ce matin, ce train m'emmène vers quelque chose que je n'aurais jamais imaginé, en tout cas pas maintenant, surtout pas maintenant.

François, tu nous fait un drôle de truc là, ton cœur qui lâche maintenant, pourquoi maintenant ? Tu as 52 ans, ce n'est pas à cet âge que le cœur d'un grand sportif comme toi peut, doit lâcher...

On te surnomme Tonton (perso, je hais les surnoms, donc je ne crois pas t'avoir seulement appelé une seule fois comme cela), aujourd'hui je comprends toute la valeur de ce surnom car oui, tu as toute la prestance, tout l'esprit d'un vrai grand Tonton. Il est très important dans la vie d'un homme d'avoir un super tonton et une super grand-mère...

Toujours attentif aux autres, toujours généreux, toujours là pour nous, pour moi, le plus grand d’entre-nous tous, tu étais un peu comme un phare qui nous guidais, qui savais nous fédérer, nous réunir.
Depuis quelques mois, j'étais devenu ton "confident", nous avons beaucoup beaucoup parlé ensemble, devant une despé ou au téléphone. Tu t'es livré comme jamais avec moi, et tu me laisses aujourd'hui avec ton histoire très personnelle sur les bras.

Il y a quelques temps, j'avais exprimé à Fabrice et Philippe mon inquiétude pour toi et ce que tu vivais. Je leur avais dit : "Maintenant, c'est de François qu'il faut prendre soin..." Cette phrase résonne douloureusement aujourd'hui et finalement passe du statut de simple "recommandation" à celui de "prophétie triste et irréversible"... Saches que tout sera bien gardé au fond de ma mémoire et que rien n'en sortira. Je suis une tombe, pour un gothique, quoi de plus normal.
Compagnon de jeux, nous avons passé beaucoup de temps tous ensemble  sur les terrains de basket,  à jouer, à entrainer, à arbitrer. Tu étais notre pivot, notre n° 12, notre plus grand joueur également, toujours à l'attaque, toujours à la défense. Un grand joueur assurément. 
 
"La même équipe 30 ans plus tard - 2008"
Que dire de nos soirées à la Couleuvrine d'avant match, ces soirées interminables à la Tequila-paf jusqu'à pas d'heure et toujours frais sur le terrain le dimanche après-midi. La photo qui suit est probablement la soirée où j'aurais dû être là et j'avoue que lorsque je la regarde, de te voir avec tout ce beau monde m'a fait regretter mon absence. La bande était presque au complet... 30 ans plus tard.
Je me souviendrais toujours de ta tête lorsque j'ai été « l'invité surprise » lors de ton 40ème anniversaire, cela faisait probablement 20 ans que nous ne nous étions pas revus. C'est à partir de ce jour que TON anniversaire est devenu traditionnellement le lieu et le moment des retrouvailles de notre petit groupe de fêtards/basketteurs, juste pour t'aider à passer ton anniversaire dans les meilleurs conditions possible : un barbecue et de la bière !!!

Qu'allons-nous faire le 14 juillet maintenant ???

Il y a une chose dont je suis particulièrement content aujourd'hui, c'est d'avoir pu t'accompagner au concert de Marillion à Pleyel. Grand fan de hard rock depuis toujours, tu voulais voir une fois dans ta vie le plus grand guitariste au monde, Steve Rothery. J’ai découvert ce soir-là que tu ne les avais jamais vu et c’est là que j'ai vu dans tes yeux à la sortie du concert, cette petite flamme de l'enfant à qui on a fait le plus beau cadeau dont il rêvait depuis toujours. Je n'écouterai plus jamais Marillion avec la même émotion. S'en était suivi une longue, très longue discussion à la maison jusqu'à tard dans la nuit. C'est la dernière fois que je t'ai vu et c'était pour l'un de tes rêves. Je suis très ému après coup d'avoir été là.

Lors de mon 50ème anniversaire, tu étais là avec toute la bande et je me souviens d'une petite phrase que nous avions échangés ensemble :
"Qui aurais pu imaginer en 1990  que nous serions tous ensemble 28 ans plus tard à ce moment là, au Mistral ?"

Il y a une chose qui m'a toujours impressionnée, émue, troublée, fascinée, c’est ton amitié avec ton cousin, Philippe, PhiPhi pour les intimes. Votre indéfectible amitié force le respect. J'ai rarement vu une amitié aussi sincère, aussi solide, aussi belle. Nous serons là pour Philippe maintenant mais personne ne pourra jamais te remplacer dans son cœur. Veille sur lui de là-haut comme tu le feras pour nous tous.
Vendredi soir, je suis allé à Montmartre, j'ai refais le trajet que nous avions fais ensemble avec tes enfants. Je n'ai pas eu la chance d'assister aux Grandes Orgues de la basilique comme la fois où tu étais là, ce petit moment magique, hors du temps où cette musique nous a transpercée pendant quelques instants. Je n'avais pas le cœur non plus de boire un vin chaud place du Tertre, boire ce délicieux breuvage hivernal sans toi n'aurait pas été un plaisir agréable.

Je ne cacherais pas que je suis inquiet, très inquiet pour Paul et Pierre, tes 2 garçons que tu aimais plus que tout au monde. J'espère que la mémoire de leur père les aidera à passer ce moment anormalement douloureux. Je sais qu’ils vont être bien entourés, entourés de personnes responsables et adultes qui sauront trouver les mots, le temps, l’énergie pour les aider, les soutenir, les aimer.
Je pense aussi à ta maman, Jeanine, j'ai très peur de la voir tout à l'heure, j'ai peur de ne pas tenir devant elle. Comment une mère comme la tienne peut elle enterrer son petit dernier ? Je pense beaucoup à Jeanine depuis que j'ai appris la terrible nouvelle.

François, Tonton, tu nous manqueras terriblement... tu me manqueras terriblement.

Tu as été un ami formidable, honnête, sincère, droit, drôle, vrai. Merci pour tout ce que tu as fait, pour tout ce que tu m’as dit, pour tout ce que tu nous as offert à tous. Tu as été, tu es un ami comme on en trouve rarement. Ils vont être content là-haut de te voir arriver (avec une despé, j’espère…)
Ces deux textes ont été chantés par Vincent et Richard lors de la cérémonie de lundi matin.