mercredi 1 décembre 2021

Mon pote depuis 29 ans.

Franck, mon pote, tu as été le plus merveilleux voisin et ami que je n'ai jamais eu. Dès les premiers regards échangés un jour de 1992, rue Saint Jérôme dans le 18ème, avec Pataud, ton énorme labrador, nous savions que nous nous entendrions. Cette amitié a duré 29 ans et s'achève brutalement cette nuit du 1er décembre 2021.

Franck Dero
3 mai 1962-1er décembre 2021

Au début, tu avais besoin de sucre, de café, d'une clope et de toutes sortes d'ustensiles de cuisine. Tu es venu de plus en plus souvent. Nous avons appris à nous apprivoiser, à nous aimer. Finalement, l'habitude de prendre soin l'un de l'autre, de nos appartements respectifs lorsque l'un des deux n'était pas là est venue le plus naturellement du monde.

 

L'histoire la plus troublante à ton sujet et qui m'a particulièrement bouleversé s'est passé il y a une dizaine d'années quand tu as décidé de reprendre contact avec la religion juive. Ta première décision a été de te faire circoncire. "A 50 ans ?!?! Quelle drôle d'idée. Tu ne l'es pas ?" Vu mon étonnement, tu m'as tout de suite expliqué que ta maman avait vu les nazis fouiller les culottes des petits garçons. Elle ne voulait pas que tu ais cela à vivre un jour.


Tu as connu tous mes chats, tu adorais venir les garder en mon absence. Je sais que tu pouvais rester des heures à travailler chez moi tout en jouant avec eux. Wappy ce matin est venu près de moi quand je me suis réveillé, il ne le fait jamais. Le savait-il ? Je suis sûr que oui.

Sous tes airs de grand mec fort, musclé et sexy, j'ai découvert au fil du temps un garçon timide, incroyablement timide. Lorsque tu débarquais chez moi alors que des amis étaient là, tu rougissais tout de suite et ne restais que quelques secondes. Bon, pour la plupart, tu ne les laissais pas indifférents.

Depuis que tu avais trouvé ton coin de paradis au Maroc, tes visites étaient bien trop rares mais à chaque retour en France, tu venais. Nous ne manquions jamais un moment pour nous voir.

Dimanche soir, nous avons passé un long moment ensemble, que tous les deux. Je t'ai dit que tu avais une particularité qu'aucune autre personne n'avait : On ne s'est jamais engueulé, jamais la moindre dispute. Avec le recul, c'est magique. Ce soir-là, je t'ai offert un joint, ton dernier.

Sur ta table de chevet, il y avait 2 livres : "L'alchimiste" de Paulo Coelho et "Le dernier espadon", un Blake et Mortimer. Je sais que tu n'as pas eu le temps de lire L'alchimiste. Je vais le relire pour toi et avec toi. Ce livre nous fera du bien à tous les deux.

Lundi matin, quand je t'ai vu partir avec les pompiers, j'ai eu ce sale pressentiment que c'était notre dernière rencontre. Je t'ai fait un bisou sur le front, tu m'as regardé. Ton regard était sans équivoque. Tu es monté dans leur camion rouge.

Je savais que le repas que nous t'avions promis - œufs/mayonnaise et soufflet au fromage, tes deux plats préférés - n'aurait alors jamais lieu. Nous tenions, Marc et moi, tant à partager ce dîner avec toi. Nous savions qu'il aurait cette saveur de "dernier repas du condamné". Nous avions prévu, quoi qu'il arrive, de venir avec des œufs/mayo à l'hôpital aujourd'hui pour honorer notre promesse.

Mourir un 1er décembre, c'est quand même cocasse. Cette saloperie que nous avons en commun, cette saloperie que nous "fêtons" le 1er décembre n'aura pas réussi à t'emmener. Tu y as survécu. C'est ton second cancer qui aura eu raison de toi.

Tu étais grand-père d'une petite Joséphine depuis peu, ce qui t'aura valu quelques "papy" à chacune de tes visites. Une nouvelle petite-fille arrive bientôt. Tu aurais fait un grand-père extraordinaire

Je pense très fort à Thomas, ton fils, que nous avons vu grandir. Nous avons même servi de nounou.

Je pense très fort à Florence, ta grande sœur et Patricia, ta petite sœur.

Je pense aussi à Briouat, ton chat. Il est au Maroc aujourd'hui dans ton coin de paradis. Nous allons tout faire pour le faire revenir en France, qu'il soit mis à l'abri.

Briouat

Désormais, tous les jours, à chaque fois que je vais rentrer chez moi, mon regard, inévitablement, s'orientera naturellement vers tes fenêtres.

29 ans de voisinage, 29 ans de vie commune l'un au-dessus de l'autre, l'un avec l'autre dans les moments difficiles comme dans les moments de joies. Quand je suis tombé malade en 2013, pour ton premier cancer en 2016 et celui-là, nous avons toujours été là l'un pour l'autre. C'est ce que l'on appelle de vrais amis non ? En tout cas, pour moi, tu l'es incontestablement.

Franck, tu vas terriblement me manquer.

mardi 16 novembre 2021

Christine, mon ange à jamais

Christine,

Nous venions juste de nous retrouver !!! Pas maintenant !!!

Christine Jouteux
1963-2021

Lorsque la nouvelle est tombée hier soir, je n'y ai pas cru. C'était juste impossible, injuste. Tous nos souvenirs communs sont immédiatement remontés. 

Les innombrables et joyeuses soirées chez toi, à refaire le monde, à jouer au tarot, à écouter de la bonne musique. Ta maison dans les anciens locaux de La poste ou la bergerie plus tard étaient des havres de paix, de joies et surtout d'amitiés indéfectibles. Je ne me souviens pas de tout mais je sais que j’adorais venir chez toi.

Ton sourire, toujours, tout le temps, quelque soit les épreuves, je ne t’ai que très rarement vue faire la gueule. 

Le plus personnel de ces souvenirs est plus intime. Tu avais vu avant tout le monde que je n’étais pas comme les autres de la bande. Mes aventures avec la gente féminine, tu n’y croyais pas un instant. Nos conversations intimes et privées m’ont tellement fait de bien à l’époque.  Tu savais que mon environnement n’était pas bon, surtout avec une mère toxique. J’étais perdu, tu m’as aidé à retrouver mon chemin. Tu m’as protégée et ça, je ne l’oublierai jamais.

Début des années 90, nous nous perdons de vue. La vie, rien de bien anormal en fait. Je pensais souvent à toi, j’avais quelques nouvelles par François, ton petit frère. 

Les retrouvailles ont eut lieu un matin brumeux et humides, un matin de janvier 2020, aux portes d’un crématorium. 

Le contexte est désastreux, nous incinérons ton petit frère, François, mon pote du basket.

Malgré cela, rien n’avait changé. Nous avons repris nos conversations où elles s’étaient arrêtées 30 ans auparavant.  Ton éternel sourire, tes yeux pétillants, tout était là. 

Tu m’avais rassurée sur mon absence de larme pour François :  « La dernière fois que tu l’as vu, il était heureux. Il venait de voir pour la première fois son groupe de métal préféré, Marillion. Vous n’étiez que tous les deux. Tu l’as  vu heureux comme rarement. Tu as assurément la plus belle dernière image de lui. N’ai pas honte de ne pas avoir pleurer. »

Les conversations qui suivirent n’étaient que joie et bonheur de se reparler, enfin.

Nous avions un projet ensemble, en dehors de te revoir chez toi, après ton retour à Monts sur Guesnes. Lorsque je t’ai parlé de Sidarta, mon meilleur pote chamane, tu as immédiatement voulu le rencontrer. Nous avions prévu de participer à l’une de ses semaines chamaniques. 

Je suis dans le train ce matin quand j’écris ces quelques mots. Je pars chez Sidarta. Tu l’as fait exprès ? Un signe peut-être ?

Nous penserons assurément à toi. Ne sois pas surprise si, sur le chemin qui te mène vers ta nouvelle vie, quelques paillettes jalonnent tes pas. Nous allons en mettre partout.

Je sais que tu es partie sereine. Tu croyais aux forces de l’au-delà, à la vie dans l’au-delà.  Tu étais confiante sur ta suite. Cette tumeur au cerveau aura eut raison de ton corps mais elle n’aura pas ta belle âme. Tu vas retrouver ton père et ton petit frère. Je sais aussi que tu ne seras jamais très loin de moi.

Ce matin je pense très fort à Clémentine, Charles et Léopold, tes enfants ;

A Sylvie et Claude, ta grande sœur et ton grand frère ;

A Philippe, ton cousin ;

A Herve, ton ex mari et à Jean, ton nouveau mari ;

Mais surtout mes pensées sont pour Jeanine, ta mère. Quelle épreuve, encore une. A plus de 90 ans, perdre ses deux plus jeunes enfants en moins de 2 ans. C’est violent et injuste. Comme me l’a dit Philippe hier soir, la résistance de ta mère est impressionnante, exemplaire.

Christine, tu as été mon ange gardien quand j’étais un ado paumé, nous nous sommes perdus de vue pendant 30 ans. On se retrouve enfin… et tu repars. Quel ascenseur émotionnel, c’était toi aussi.

Tu étais belle de partout, à l’intérieur, à l’extérieur. Ta beauté désormais irradiera nos cœurs à jamais.

Veille sur nous et envoies-nous des signes. On en avait parlé de ces signes. Nous avons même évoquer l’idée d’un « code » au cas où il arriverait quelque chose à l’un de nous deux. Je suis sûr que je saurai les reconnaître. Je n’ai pas oublié notre code.

Je t’aime Christine