jeudi 15 mai 2025

Un sourire inoubliable : Nadia

Nadia
1968-2025

Ma chère Nadia,

La première fois que je t’ai rencontré, c’était dans le cadre des ressourcements de Sœurs de la Perpétuelle Indulgence au Caribou à Corrençon-en-Vercors.

Je t’ai vu arriver avec ton handicap, lourd. Une marche compliquée, des membres raides mais une chose m’avait immédiatement troublée : ton sourire. Incroyable sourire, toujours présent même lorsque les douleurs devenaient insupportables.

La première fois que je t’ai massé, j’avoue, je n’en menais pas large. Allongée sur la table de massage, ma première pensée a été : « Elle est toute en désordre. Comment je vais faire ? »

Nous avons beaucoup parlé ce jour-là de ton histoire qui m’avait bouleversée. Tu étais danseuse, de hip-hop si je me rappelle bien. Tu dansais beaucoup, c’était ta vie. Mais un jour, tu as rencontré la bête noire, la bête affreuse : le crack.

Un matin, tu t’es réveillée paralysée. Le crack avait fracassé ton système moteur et ta carrière de danseuse prenait fin brutalement ce matin-là. Cette saloperie a mis un terme à ta carrière toute tracée de danseuse.

J’étais terriblement triste pour toi. Pour me consoler tu m’as dit une chose, une seule : « Sans le crack, je ne vous aurais jamais rencontrées, vous faites partie ma vie maintenant. Vous avez remplacé la danse. Et ça me plaît ». Et nous avons pleuré ensemble, seuls dans la discothèque du Caribou.

Je me rappelle lorsqu’il fallait redresser tes mains tous les matins pour y mettre des atèles. A chaque doigt que je devais redresser, mon unique crainte était de le casser. Il fallait une force de dingue pour tout remettre droit. Je n’ai jamais vécu une telle expérience avec une personne comme toi, souriante, toujours souriante malgré la douleur que je t'infligeais.

Ta canne ne te quittait jamais sauf à un moment : Les cercles de vie organisés par Sidarta. Cette méditation particulière où chacun était libre de faire ce qu’il voulait pendant le temps d’une musique. Ce jour-là, je t’ai vu te lever, sans ta canne, fébrile et fragile. Et soudain, tu t’es mise danser. Oui tu dansais et c’était diaboliquement beau. Le crack n’avait pas tué ton talent. J’ai immédiatement compris que ton handicap ne t’empêcherait jamais de danser. Jamais.

La dernière fois que je t’ai vu, c’était pour ton anniversaire, le 50ème je crois, sur l’invitation d’Aline Euzet. Cela faisait plusieurs années que je ne t’avais pas vue. Ton accueil m’a immédiatement touché, ton sourire, ton éternel sourire était toujours là avec ta joie de vivre communicative.

Nadia, tu nous as quitté samedi à 57 ans, une amputation qui se passe mal et tu ne te réveilles pas. Comme m’a dit Sidarta lorsque je lui ai annoncé la terrible nouvelle : « C’est une belle mort. Elle est partie sans souffrance».

Nadia, tu vas nous manquer, ton sourire va nous manquer, ta joie de vivre malgré ton handicap, va nous manquer.

Caribou - Corrençon-en-Vercors avec
Soeur Sidarta, Soeur Cyhère et Soeur Maya

La Maison de Bonneuil à Bonneuil-les-Eaux avec
Soeur Thylège.

Tu retrouveras là-haut toutes nos sœurs, tous nos amis, tous ceux partis trop tôt à cause du sida ou de la drogue.

Je pense fort à toi, à tes amis, à Aline, à Alain Pierre, à Cyhère, à Sidarta, à tous ceux qui t’ont accompagnée.

Merci Nadia. Je t’embrasse fort.

PS : je suis sûr que l’hypothèse (Dieu pour les non-initiés) ne résistera pas à ton sourire.

Pour tes 50 ans.

vendredi 14 février 2025

Une mentore me quitte : Nicole

Nicole,

Quelle immense tristesse d’avoir appris votre décès hier soir.


Nicole Loquet

1956-2025


Vous êtes LA personne qui m’a fait confiance un jour d’avril 2004.

Je débarquais dans votre petit bureau au Kremlin Bicêtre le 4 avril 2004 pour une mission d’intérim de 2 mois au sein de la DSI de SCIC Habitat Ile de France. Au bout d’une semaine passée ensemble, notre DSI de l’époque, Geneviève, passe dans votre bureau pour savoir comment cela se passe. Je n’oublierais jamais cette petite phrase qui fait qu’aujourd’hui, ça fait plus de 20 ans que je suis dans la société :

« Celui-là, il faut le garder. »

Et vous n’avez pas lâché le morceau, vous avez réussi à me faire engager définitivement. A alors commencer une longue collaboration professionnelle.

Nous avons créé ensemble un « petit » logiciel de gestion des plans de gardiennage de notre patrimoine, Estia. Il devait vivre 6 mois, cela fait 21 ans qu’il tourne et est utilisé quotidiennement.

Vous et votre expertise du travail des gardiens et des entreprises, moi au développement : nous avons créé Estia pour gérer 40 000 logements en 2004 (Scic Habitat IDF), 80 000 en 2007 (Osica). Aujourd’hui Estia gère 180 000 logements chez CDC Habitat Social. C’est le plus grand projet que je n’ai jamais mené, grâce à vous.

Je me rappelle d’Adrien, votre fils, qui a squatté un coin de mon bureau le mercredi après-midi alors qu’il n’avait que 7 ou 8 ans. 10 ans plus tard, quelle ne fut pas ma surprise de le revoir mais cette fois-ci il intégrait mon bureau, sur un vrai bureau, en tant qu’alternant. Voir ce petit garçon devenir ingénieur, c’était magique.

Mais la chose que je n’oublierais jamais c’est ce matin du 16 octobre 2008 lorsque vous êtes entrée dans mon bureau, un énorme bouquet de fleurs dans les bras. Bêtement, j’ai pensé qu’il était destiné à Brigitte, ma colocataire du moment. Mais vous vous êtes approchée de moi et m’avez tendu cet incroyable bouquet avec cette petite phrase :

« Joyeux anniversaire Patrick. Voici 40 roses blanches pour vos 40 ans,

c’est la tradition dans la famille. »

Merci encore pour ce délicieux moment. En dehors de notre relation professionnelle exceptionnelle, je venais d’intégrer un peu votre famille. Moment magique et inoubliable.

J’ai appris votre décès hier lors d’un pot de départ (les coïncidences…). Mon esprit a immédiatement quitté le moment présent. Une grande tristesse m’a immédiatement envahi. Depuis votre départ à la retraite, nous ne nous étions revu qu’une fois, lors de l’enterrement de votre mari, Claude.

Votre départ à la retraite ne s’était pas forcément bien passé, c’est vrai, mais votre décès me prouve encore une fois la déshumanisation de nos entreprises. Pas un mot vous concernant, pas un petit mail pour dire que vous n’étiez plus là depuis décembre. Ça m’a rendu encore plus triste.

Nicole, je ne vous oublierais jamais, vous faites partie des femmes qui m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Merci à vous.

PS : Depuis votre départ, les régules de charges : c’est un bordel sans nom. ;-)

PS2 : Désolé pour la photo, je n’en ai pas d’autre.