Ma chère Nadia,
La première fois que je t’ai rencontré, c’était dans le cadre des ressourcements de Sœurs de la Perpétuelle Indulgence au Caribou à Corrençon-en-Vercors.
Je t’ai vu arriver avec ton handicap, lourd. Une marche compliquée, des membres raides mais une chose m’avait immédiatement troublée : ton sourire. Incroyable sourire, toujours présent même lorsque les douleurs devenaient insupportables.
La première fois que je t’ai massé, j’avoue, je n’en menais pas large. Allongée sur la table de massage, ma première pensée a été : « Elle est toute en désordre. Comment je vais faire ? »
Nous avons beaucoup parlé ce jour-là de ton histoire qui m’avait bouleversée. Tu étais danseuse, de hip-hop si je me rappelle bien. Tu dansais beaucoup, c’était ta vie. Mais un jour, tu as rencontré la bête noire, la bête affreuse : le crack.
Un matin, tu t’es réveillée paralysée. Le crack avait fracassé ton système moteur et ta carrière de danseuse prenait fin brutalement ce matin-là. Cette saloperie a mis un terme à ta carrière toute tracée de danseuse.
J’étais terriblement triste pour toi. Pour me consoler tu m’as dit une chose, une seule : « Sans le crack, je ne vous aurais jamais rencontrées, vous faites partie ma vie maintenant. Vous avez remplacé la danse. Et ça me plaît ». Et nous avons pleuré ensemble, seuls dans la discothèque du Caribou.
Je me rappelle lorsqu’il fallait redresser tes mains tous les matins pour y mettre des atèles. A chaque doigt que je devais redresser, mon unique crainte était de le casser. Il fallait une force de dingue pour tout remettre droit. Je n’ai jamais vécu une telle expérience avec une personne comme toi, souriante, toujours souriante malgré la douleur que je t'infligeais.
Ta canne ne te quittait jamais sauf à un moment : Les cercles de vie organisés par Sidarta. Cette méditation particulière où chacun était libre de faire ce qu’il voulait pendant le temps d’une musique. Ce jour-là, je t’ai vu te lever, sans ta canne, fébrile et fragile. Et soudain, tu t’es mise danser. Oui tu dansais et c’était diaboliquement beau. Le crack n’avait pas tué ton talent. J’ai immédiatement compris que ton handicap ne t’empêcherait jamais de danser. Jamais.
La dernière fois que je t’ai vu, c’était pour ton anniversaire, le 50ème je crois, sur l’invitation d’Aline Euzet. Cela faisait plusieurs années que je ne t’avais pas vue. Ton accueil m’a immédiatement touché, ton sourire, ton éternel sourire était toujours là avec ta joie de vivre communicative.
Nadia, tu nous as quitté samedi à 57 ans, une amputation qui se passe mal et tu ne te réveilles pas. Comme m’a dit Sidarta lorsque je lui ai annoncé la terrible nouvelle : « C’est une belle mort. Elle est partie sans souffrance».
Nadia, tu vas nous manquer, ton sourire va nous manquer, ta joie de vivre malgré ton handicap, va nous manquer.
Tu retrouveras là-haut toutes nos sœurs, tous nos amis, tous ceux partis trop tôt à cause du sida ou de la drogue.
Je pense fort à toi, à tes amis, à Aline, à Alain Pierre, à Cyhère, à Sidarta, à tous ceux qui t’ont accompagnée.
Merci Nadia. Je t’embrasse fort.
PS : je suis sûr que l’hypothèse (Dieu pour les non-initiés) ne résistera pas à ton sourire.





