lundi 27 janvier 2020

Tonton !!! Mais non !!!!!!!!!

Il est 6 h 20 et je suis déjà dans le train pour venir te voir... pour la dernière fois.
Nous serons tous là, Philippe, Fabrice, Richard, Laurent, Frédéric, Nathalie, Jérôme, Momo, toute ta grande famille, et j'en oublie plein. Mais cette fois-ci, ce n'est pas pour fêter ton anniversaire comme lors de nos traditionnelles, devenues très traditionnelles, fêtes du 14 juillet chez toi  dans ta grande maison et ton grand jardin toujours accueillants.

Non, ce matin, ce train m'emmène vers quelque chose que je n'aurais jamais imaginé, en tout cas pas maintenant, surtout pas maintenant.

François, tu nous fait un drôle de truc là, ton cœur qui lâche maintenant, pourquoi maintenant ? Tu as 52 ans, ce n'est pas à cet âge que le cœur d'un grand sportif comme toi peut, doit lâcher...

On te surnomme Tonton (perso, je hais les surnoms, donc je ne crois pas t'avoir seulement appelé une seule fois comme cela), aujourd'hui je comprends toute la valeur de ce surnom car oui, tu as toute la prestance, tout l'esprit d'un vrai grand Tonton. Il est très important dans la vie d'un homme d'avoir un super tonton et une super grand-mère...

Toujours attentif aux autres, toujours généreux, toujours là pour nous, pour moi, le plus grand d’entre-nous tous, tu étais un peu comme un phare qui nous guidais, qui savais nous fédérer, nous réunir.
Depuis quelques mois, j'étais devenu ton "confident", nous avons beaucoup beaucoup parlé ensemble, devant une despé ou au téléphone. Tu t'es livré comme jamais avec moi, et tu me laisses aujourd'hui avec ton histoire très personnelle sur les bras.

Il y a quelques temps, j'avais exprimé à Fabrice et Philippe mon inquiétude pour toi et ce que tu vivais. Je leur avais dit : "Maintenant, c'est de François qu'il faut prendre soin..." Cette phrase résonne douloureusement aujourd'hui et finalement passe du statut de simple "recommandation" à celui de "prophétie triste et irréversible"... Saches que tout sera bien gardé au fond de ma mémoire et que rien n'en sortira. Je suis une tombe, pour un gothique, quoi de plus normal.
Compagnon de jeux, nous avons passé beaucoup de temps tous ensemble  sur les terrains de basket,  à jouer, à entrainer, à arbitrer. Tu étais notre pivot, notre n° 12, notre plus grand joueur également, toujours à l'attaque, toujours à la défense. Un grand joueur assurément. 
 
"La même équipe 30 ans plus tard - 2008"
Que dire de nos soirées à la Couleuvrine d'avant match, ces soirées interminables à la Tequila-paf jusqu'à pas d'heure et toujours frais sur le terrain le dimanche après-midi. La photo qui suit est probablement la soirée où j'aurais dû être là et j'avoue que lorsque je la regarde, de te voir avec tout ce beau monde m'a fait regretter mon absence. La bande était presque au complet... 30 ans plus tard.
Je me souviendrais toujours de ta tête lorsque j'ai été « l'invité surprise » lors de ton 40ème anniversaire, cela faisait probablement 20 ans que nous ne nous étions pas revus. C'est à partir de ce jour que TON anniversaire est devenu traditionnellement le lieu et le moment des retrouvailles de notre petit groupe de fêtards/basketteurs, juste pour t'aider à passer ton anniversaire dans les meilleurs conditions possible : un barbecue et de la bière !!!

Qu'allons-nous faire le 14 juillet maintenant ???

Il y a une chose dont je suis particulièrement content aujourd'hui, c'est d'avoir pu t'accompagner au concert de Marillion à Pleyel. Grand fan de hard rock depuis toujours, tu voulais voir une fois dans ta vie le plus grand guitariste au monde, Steve Rothery. J’ai découvert ce soir-là que tu ne les avais jamais vu et c’est là que j'ai vu dans tes yeux à la sortie du concert, cette petite flamme de l'enfant à qui on a fait le plus beau cadeau dont il rêvait depuis toujours. Je n'écouterai plus jamais Marillion avec la même émotion. S'en était suivi une longue, très longue discussion à la maison jusqu'à tard dans la nuit. C'est la dernière fois que je t'ai vu et c'était pour l'un de tes rêves. Je suis très ému après coup d'avoir été là.

Lors de mon 50ème anniversaire, tu étais là avec toute la bande et je me souviens d'une petite phrase que nous avions échangés ensemble :
"Qui aurais pu imaginer en 1990  que nous serions tous ensemble 28 ans plus tard à ce moment là, au Mistral ?"

Il y a une chose qui m'a toujours impressionnée, émue, troublée, fascinée, c’est ton amitié avec ton cousin, Philippe, PhiPhi pour les intimes. Votre indéfectible amitié force le respect. J'ai rarement vu une amitié aussi sincère, aussi solide, aussi belle. Nous serons là pour Philippe maintenant mais personne ne pourra jamais te remplacer dans son cœur. Veille sur lui de là-haut comme tu le feras pour nous tous.
Vendredi soir, je suis allé à Montmartre, j'ai refais le trajet que nous avions fais ensemble avec tes enfants. Je n'ai pas eu la chance d'assister aux Grandes Orgues de la basilique comme la fois où tu étais là, ce petit moment magique, hors du temps où cette musique nous a transpercée pendant quelques instants. Je n'avais pas le cœur non plus de boire un vin chaud place du Tertre, boire ce délicieux breuvage hivernal sans toi n'aurait pas été un plaisir agréable.

Je ne cacherais pas que je suis inquiet, très inquiet pour Paul et Pierre, tes 2 garçons que tu aimais plus que tout au monde. J'espère que la mémoire de leur père les aidera à passer ce moment anormalement douloureux. Je sais qu’ils vont être bien entourés, entourés de personnes responsables et adultes qui sauront trouver les mots, le temps, l’énergie pour les aider, les soutenir, les aimer.
Je pense aussi à ta maman, Jeanine, j'ai très peur de la voir tout à l'heure, j'ai peur de ne pas tenir devant elle. Comment une mère comme la tienne peut elle enterrer son petit dernier ? Je pense beaucoup à Jeanine depuis que j'ai appris la terrible nouvelle.

François, Tonton, tu nous manqueras terriblement... tu me manqueras terriblement.

Tu as été un ami formidable, honnête, sincère, droit, drôle, vrai. Merci pour tout ce que tu as fait, pour tout ce que tu m’as dit, pour tout ce que tu nous as offert à tous. Tu as été, tu es un ami comme on en trouve rarement. Ils vont être content là-haut de te voir arriver (avec une despé, j’espère…)
Ces deux textes ont été chantés par Vincent et Richard lors de la cérémonie de lundi matin.

dimanche 3 novembre 2019

Mon coeur est triste et vient de comprendre.

Je viens d'apprendre le décès de Marie Laforet à l'âge de 80, elle qui a marquée profondément toute mon enfance.
 
Marie Laforet
1939-2019

Ces yeux sublimes crevaient l'écran mais surtout UNE chanson m'a profondément marquée dès la première fois que je l'ai entendue, je devais avoir 3 ou 4 ans.

"Viens, viens"

Elle résonne encore plus violemment aujourd'hui avec la relation désastreuse et/ou toxique que je peux entretenir avec ma mère, un jour j'en parlerai plus en détails.

Ceux qui me connaissent bien savent ce que je vis avec et/ou contre elle. Le peu de relations que j'ai pu avoir avec mon père (8 ans sur 50) est la résultante du comportement de cette femme qui se prétendait femme et mère.

 "Viens, viens"
1964

Cette chanson me fait au mieux avoir un sentiment de profonde tristesse, au pire des larmes inconsolables (qui montent d'ailleurs en rédigeant ce texte...).

Mon coeur saigne aujourd'hui.

Oui, Marie Laforet pouvait paraître tellement folle, totalement folle, mais ces textes et particulièrement celui-là, sont tellement puissants pour moi que mes larmes coulent encore plus en les écoutant.

Je comprends encore mieux ces paroles car une inversion s'opère automatiquement et inconsciemment dans mon cerveau. Je viens juste de comprendre en écrivant mon humble hommage qu'elles ne sont qu'une triste réalité familiale qui me pèse encore tellement aujourd'hui.

Mon père est décédé en 2012 et cette chanson symbolise tellement sa vie "abandonné" par sa femme, par ma mère.

Viens, viens
Comment je la vis
Viens,viens, c´est une prière
Viens, viens, pas pour moi mon père
Viens, viens, reviens pour ma mère
Viens, viens, elle meurt de toi
Viens, viens, que tout recommence
Viens, viens, sans toi l´existence
Viens, viens, n´est qu´un long silence
Viens, viens, qui n´en finit pas.

Je sais bien qu´elle est jolie cette fille
Que pour elle tu en oublies ta famille
Je ne suis pas venue te juger
Mais pour te ramener
Il parait que son amour tient ton âme
Crois-tu que ça vaut l´amour de ta femme
Qui a su partager ton destin 
Sans te lâcher la main.

Viens, viens, maman en septembre
Viens, viens, a repeint la chambre
Viens, viens, comme avant ensemble
Viens, viens, vous y dormirez
Viens, viens, c´est une prière
Viens, viens, pas pour moi mon père
Viens, viens, reviens pour ma mère
Viens, viens, elle meurt de toi
 
Sais-tu que Jean est rentré à l´école
Il sait déjà l´alphabet, il est drôle
Quand il fait semblant de fumer
C´est vraiment ton portrait
Viens, viens, c´est une prière
Viens, viens, tu souris mon père
Viens, viens, tu verras ma mère
Viens, viens, est plus belle qu´avant
Qu´avant, qu´avant, qu´avant, qu´avant
Viens, viens, ne dis rien mon père
Viens, viens, embrasse-moi mon père
La la la la...

Viens, viens, c´est une prière

Viens, viens, pas pour moi ma mère

Viens, viens, reviens pour mon père

Viens, viens, il meurt de toi

Viens, viens, que tout recommence

Viens, viens, sans toi l´existence

Viens, viens, n´est qu´un long silence

Viens, viens, qui n´en finit pas.

 

Je sais bien qu´ils sont jolis ces hommes

Que pour eux tu en oublies ta famille

Je ne suis pas venue te juger

Mais pour te ramener

Il parait que leur amour tient ton âme

Crois-tu que ça vaut l´amour de ton mari

Qui a su partager ton destin

Sans te lâcher la main.

 

Viens, viens, papa en septembre

Viens, viens, a repeint la chambre

Viens, viens, comme avant ensemble

Viens, viens, vous y dormirez

Viens, viens, c´est une prière

Viens, viens, pas pour moi ma mère

Viens, viens, reviens pour mon père

Viens, viens, il meurt de toi

 

Sais-tu que Patrick est rentré à l´école

Il sait déjà l´alphabet, il est drôle

Quand il fait semblant de fumer

C´est vraiment ton portrait

Viens, viens, c´est une prière

Viens, viens, tu souris ma mère

Viens, viens, tu verras mon père

Viens, viens, est plus beau qu´avant

Qu´avant, qu´avant, qu´avant, qu´avant

Viens, viens, ne dis rien ma mère

Viens, viens, embrasse-moi ma mère

La la la la...

lundi 8 juillet 2019

La Goutte d'Or vient de perdre son rayon de soleil

Mon très cher Hedi,

Samedi soir, 21 h 00, je vais dîner au Mistral et mon ami Ganymède me montre une petite affiche avec ta photo... Mais qu'a-t-il fait ? Quel projet a-t-il en route ? Et je vois, dans le même temps, une quantité inhabituelle de tes tableaux partout dans le restaurant...
Je m'approche et je lis : "Hedi nous a quittés..." Je relis 2 fois, 3 fois, 4 fois. Oui, j'ai bien lu. Tu nous as quittés. Les larmes montent instantanément, je me fais confirmer la nouvelle par Salem et Ryad espérant que je n'avais pas compris... Ils me confirment, émus, la terrible nouvelle.

Hedi, tu as été LA rencontre de la Goutte d'Or de ces 5 dernières années. Au détour d'un verre à la Goutte Rouge, tu m'as fasciné par ta culture, ton savoir, ta philosophie de la vie, ta créativité...

J'aimais nos rencontres quand je sortais du bureau et que toi tu te levais... Légèrement décalé, tu étais.
J'aimais nos discussions autour de tes tableaux ou de ta poésie...
Tu as même essayé de me convaincre que les maths n'étaient pas si compliquées que ça.

Mais ce que je retiendrai à jamais de toi c'est la confiance que tu m'as accordée et le dernier petit coup de pied au cul pour que je montre mon travail photographique.

Je me souviendrai toujours de ta petite phrase :

"Ce sont mes tableaux là, je les enlève et tu accroches tes photos tout de suite".
Accrochage au Mistral sous l'œil attentif d'Hedi, le 17 juin 2018
Et c'était parti. Je ne te remercierai jamais assez... De là-haut, je sais que tu veilleras à ce que je continue à montrer mon travail. Mais, nous devions nous voir bientôt pour organiser une rotation dans les établissements du quartier avec tes tableaux et mes photos... Ça me rend triste car nous avions un vrai projet tous les deux, entre un mentor et son élève...

Nos deux dernières rencontres ne sont pas anodines non plus.

Tout d'abord à Lille, pour la Gay Pride. J'arrive dans le village, surprise, je te vois là au cœur du village avec Isabelle (que tu me fais découvrir). Tu me regardes scotché par ce que tu as en face de toi. Et oui, tu venais de découvrir une autre facette de moi. Tu as tellement aimé ce que tu as vu de moi que tu as montré notre photo à tout le monde dès ton retour à la Goutte.
Gay Pride de Lille le 1 juin 2019

La seconde, c'était le 30 juin. Tu étais avec Fred et un Anglais (nouveau dans le coin), nous avons discuté 3 minutes et c'est ce jour-là que j'ai entendu ta voix pour la dernière fois pour me dire :

"Toi, je t'aime beaucoup..."
Et je suis parti.

Si j'avais su quelle importance allait avoir cette phrase aujourd'hui, je serais... pfff, je serais quoi ??? Je suis parti...

En revanche, une chose est sure, ta dernière phrase est un immense cadeau que tu m'as fait ce soir-là. Merci, merci, merci !!!

Hedi, tu étais un personnage incontournable dans le quartier. Tout le monde te connaissait.

Tu avais une faculté absolument géniale, un don incontestable :
Tu faisais se rencontrer des gens qui ne se seraient jamais rencontrés.

Tu m'as fait rencontrer Ilham, Fred et Jaurès, trois personnes très bien avec qui j'aime passer du temps.

Tu m'as fait découvrir le Mistral qui est devenu ma cantine.

Hedi, tu vas terriblement manquer à la Goutte d'Or, à la Goutte Rouge, au Mistral, à tout le monde. Tu vas me manquer...

Tu étais notre rayon de soleil philosophe, mathématicien, humaniste, drôle, artiste et tu t'es éteint.
Je t'aime Hedi !!!